Étude comparative du registre langagier du capitaine Haddock dans deux traductions persanes : entre domestication et performativité, avant et après la révolution iranienne
نویسندگان
1 Département de français, Faculté des sciences humaines, Université Tarbiat Modares, Téhéran, Iran
doi
10.22129/plume.2025.548676.1346چکیده
Cette étude propose une analyse contrastive du registre langagier du capitaine Haddock dans deux séries de traductions persanes des Aventures de Tintin et le Trésor de Rackham Rouge, représentatives de deux moments clés de l’histoire éditoriale iranienne : la période pré-révolutionnaire (1971–1976) et la période post-révolutionnaire (à partir de 2002). À partir d’un corpus de quatorze expressions emblématiques composé de jurons baroques, néologismes absurdes, insultes pseudo-scientifiques, nous analysons tout en optant une approche théorique articulée en trois volets (une mise en tension entre domestication et étrangéisation venutienne, une analyse stylistique du rythme et de la voix hamonienne et une étude de la performativité linguistique dans l’optique austinienne/ searlienne), comment l’idiolecte comique et expressif de Haddock est recréé, atténué ou transformé selon les normes linguistiques et culturelles de chaque période. Les résultats démontrent que les traductions pré-révolutionnaires privilégient une domestication prudente, neutralisant les aspérités stylistiques au profit de la lisibilité et de l’acceptabilité sociale. En revanche, les traductions post-révolutionnaires assument une recréation lexicale audacieuse, conservant la scansion verbale et réactivant la force illocutoire du personnage. Ce contraste révèle une évolution profonde dans la pensée traductive iranienne qui part d’un modèle normatif et protecteur pour se virer dans une approche plus expressive, plus incarnée et plus fidèle à l’altérité stylistique dans la période post-révolutionnaire. Cette mise en comparaison souligne que la traduction s’avère comme un espace de négociation entre fidélité linguistique, contraintes culturelles et imaginaires sociolinguistiques de chaque période. Elle est avant tout « un acte situé », poétique et politique, où se rejoue la tension entre langue, pouvoir et voix.