L’indifférence comme symptôme sociolinguistique: lecture sociocritique de L’Étranger d’Albert Camus selon Pierre V. Zima
نویسندگان
1 Maître de Conférences, Département de langue et littérature françaises, Faculté des Lettres et des Sciences Humaines, Université Shahid Beheshti, Téhéran, Iran
2 Doctorante en langue et littérature françaises, Département de langue et littérature françaises, Faculté des Lettres et des Sciences Humaines, Université Shahid Beheshti, Téhéran, Iran
doi
10.22108/relf.2025.146363.1276چکیده
Cette recherche propose, à partir de l’approche sociocritique de Pierre V. Zima, une lecture renouvelée de L’Étranger d’Albert Camus. Contrairement aux études existentialistes qui réduisent l’indifférence de Meursault à une posture individuelle ou à une passivité philosophique, elle est ici interprétée comme le symptôme d’une crise sociolinguistique inscrite dans le roman. L’objectif est de montrer que cette indifférence reflète la dégradation du langage, la perte des valeurs symboliques et la crise du sens, caractéristiques de la France des années 1940. L’analyse s’appuie sur l’examen des structures lexicales, sémantiques et narratives du texte, en les replaçant dans leur contexte socio-historique. Le recours au modèle actantiel de Greimas permet d’identifier les logiques discursives qui organisent le récit et d’éclairer la dynamique conflictuelle de son univers narratif. Les résultats révèlent que la rupture entre Meursault et les normes idéologiques dominantes se manifeste à travers la désémantisation des mots et des valeurs, intégrant dans le roman les traces d’une crise sociale contemporaine. L’opposition entre deux logiques apparaît clairement: celle de la nature, incarnée par le soleil et l’eau, et celle de l’idéologie, représentée par la justice et la religion. Ces remarques invitent à dépasser l’existentialisme métaphysique et à reconsidérer le rapport entre littérature, idéologie et crise du langage dans la modernité.